C’est correct de penser que c’est l’autre qui est dans l’erreur, pas nous.

Il y a une idée populaire selon laquelle «ça prend deux personnes pour faire un conflit». Cette pensée est utile, car elle peut certainement être très vraie, et car elle nous ramène à notre part de responsabilité – qui est la seule chose qu’on puisse changer. Et peu importe qui est le responsable, blâmer l’autre ne fait rien avancer.

Mais il y a des moments où cette perspective est non seulement inadéquate, mais néfaste. Car oui, parfois, c’est bel et bien l’autre, pas nous. Il y a plusieurs scénarios possibles que l’on pourrait donner en exemple ici, mais disons que si une personne nous manque de respect, et qu’elle refuse de reconnaître ce qu’elle fait quand on le souligne, le conflit n’est certainement pas causé par notre opposition, mais par le comportement qui l’a suscité. Il y a des moments où notre seule «responsabilité» (si on veut utiliser ce terme) est d’avoir choisi d’être là, c’est tout.

Blâmer l’autre ne mène effectivement à rien, c’est vrai. Mais reconnaître qu’il est dans l’erreur n’est pas «le blâmer», c’est relever un fait, qu’un témoin pourrait confirmer. Tout est sujet à interprétation, comme on dit… mais il y a néanmoins une réalité objective, et bien que notre perception puisse être décalée, elle peut aussi tomber pile.

La pensée «c’est l’autre qui est dans l’erreur, pas moi» est du bonbon pour l’ego, bien sûr. Le piège peut être d’en tirer un sentiment de supériorité, une sorte de «j’ai raison!» enfantin. Et oui, c’est malsain… Mais ce qui est malsain n’est pas l’idée que l’autre est responsable, c’est ce que notre ego fait avec elle lorsqu’il se l’approprie.

Pour plusieurs d’entre nous qui «cheminons» et cherchons à adopter la perspective la plus sage et généreuse, il y a quelque chose de presque vulgaire à voir les choses ainsi… Or, je dirais que non seulement on a le droit de dresser ce constat , mais il est même important d’être capable de le faire. Pouvoir dire (ou simplement penser) «non, c’est pas moi, c’est toi» avec confiance – sans esprit de triomphe, mais aussi sans retenue –, élève l’autre autant que nous. Car il n’y a rien qui élève autant que la vérité. Et cette façon de «décrocher» nous amène à récupérer notre pouvoir, et peut inciter l’autre (s’il le veut bien) à se brancher au sien.

Donc oui, il y a une grande noblesse à accepter humblement la responsabilité.

Mais il peut y en avoir tout autant à la refuser.

Marie