Le regard de l’autre

Publié le 28/04/2008 | Par

Je ne suis ni « NOIR », ni « Nègre » et vous,non plus,n’êtes « Blanc » !

Le regard de l’autre est pénitence
Le regard de l’autre est impertinence
Le regard de l’autre est venin
Loin de soulager, il s’octroie le droit de rendre ridicule,
Il offense.

Ce regard parle un langage insolite, contraire aux fonctions de sa nature à la rencontre d’un semblable. Et même s’il est vrai que le regard , de par sa nature, s’interdit l’hypocrisie, il se gêne par contre d’exprimer son dédain face à une cible potentielle.

Mais le regard de l’autre est loin d’être sensible au bon sens
Il ne prend en compte le trouble qui émane de l’autre,
Qui s’en soucie, à force de faire semblant de ne pas le voir
présent ou pas, d’ailleurs peu importe sa présence non souhaitée !
Le regard du voisin, notre semblable, celui de celui qui toise
l’autre est plein de préjugés.

Des fois, celui qui est regardé s’entend dire dans son for intérieur, mais pourquoi ce regard l’interroge, pour qui se prend-il pour s’autoriser cette vue d’en haut, prendre une
dimension souvent injuste, pas méritée car n’importe qui dans ce monde
se permet de la hauteur au nom d’une liberté qui fait école ailleurs.

Le comble est que celui qui regarde l’autrene sait lire son propre regard faute d’un miroir pouvant lui renvoyer son imagemême si son discours exprime son effort de ne point se trahir mais son regard dévoile son double jeu, un regard ne se trahit pas, il exprime ce que le discours refuse d’entériner, ce qu’il aurait souhaité caché, mais que le regard, le sien, n’arrive point à masquer.
Son regard l’accuse et avertit l’autre de l’intention de son regard, qui
est souvent évasif, qui éloigne et se prolonge des fois longtemps
même quand l’autre n’a rien de curieux sur lui, si ce n’est ce que
son regard considère être la couleur de sa peau.

Je ne suis ni « NOIR », ni « Nègre » et vous,non plus,n’êtes « Blanc » !

Du coin de ses origines, celui qui est regardé ne se souvient nullement de s’être
interrogé sur la couleur éventuelle d’une peau. Ce n’est pas qu’il ne sait point se servir de son regard, mais l’idée même d’y consacrer son temps a rarement traversé son esprit de
se définir par rapport à ce que le regard de l’autre veut qu’il admette
qu’il est : « Noir ». Curieux qu’il en soit ainsi que c’est le regard de l’autre qui lui demande de se justifier , c’est le regard de l’autre qui insiste, qui le pousse par des procédés à peine voilées à s’interroger sur ce
qui parait être sa faute, sa maladie chronique, celle de porter une
couleur que ce regard a du mal à reconnaître.

Et même si l’autre accepte les attributs qui lui sont reconnus par ce regard pour échapper souventà sa méchanceté ou complaire à ses caprices, il n’échappe pas pour autant à l’objectif poursuivi par ce regard qui en insistant cherche plutôt à e châtier, à décourager, à lui volersa façon d’idéaliser le monde.Mais où se situerait la différence entre le regardé, le méprisé, celui dont le regard méprise et celui qui porte son regard sur l’autre, toutes les réponses fournies de nos jours ne satisfont une curiosité qui demeure constamment aiguisée ; de quelles différences parle-t-on : ,
– du moment que l’on sait que le regardé mange comme celui qui regarde en ouvrant sa bouche
et en mâchant sa nourriture,
– du moment que l’on sait qu’il boit comme lui en laissant couler
l’eau ou du lait à travers sa gorge,
– du moment que l’on sait que le regardé court des fois plus vite que celui qui regarde et
très souvent pour le plaisir de son semblable, il lui sert d’objet de distraction,
qui lui apporte joie et repos, mais il n’est jamais un concurrent accepté,
– du moment que l’on sait que le corps du regardé prend la même position en se couchant
que le corps de celui qui regarde: allongé et yeux fermés,
– du moment que l’on sait qu’il n’ existe ni maître ni esclave dans le
monde de l’intelligence et du savoir. Et que devant la mort,
l’humain connaît le même sort et connaît la même mort.

Je ne suis ni « NOIR », ni « Nègre » et vous,non plus,n’êtes « Blanc » !

Avant que le regardé ne puisse apprendre à parler la langue de celui qui le regarde,
il admettait à force de ne pas comprendre le langage parlé et écrit de l’autre qu’il existerait
bien une différence entre l’autre et lui, mais depuis que le regardé s’exprime dans la langue de l’autre, il découvre à travers cette
lecture que celui qui le regarde, son semblable, est loin d’être véridique,
ils sont souvent divisés qu’ils ne l’admettent, opposés les uns aux autres et se
jalousent surtout mutuellement alors qu’ils vendent une image mensongère d’union, d’un tout et
d’ensemble.

Malgré tout cela, le regardé cherche toujours à comprendre le pourquoi de l’acharnement de l’autre à ce qu’il reconnaisse d’être ce que lui pense qu’il est, qu’il acceptela peau que son regard lui attribue, sa couleur que son regard affirme être « noire » et de là pousser à reconnaître sa « négritude ».

Mais c’est quoi la « négritude » ? Les ainés ont affirmé malgré eux qu’elle était « une somme d’expériences vécues qui ont fini par définir et caractériser une des formes de l’humaine destinée telle que l’histoire l’a faite : c’est une des formes historiques de la condition humaine » (Aimé Césaire, 1955, réédition 2004 : 81). Mais la condition humaine est loin d’être « l’homme ».Elle peut bien déterminer les caractéristiques actuelles de la vie de celui qui croupit sous ces conditions mais ne jamais définir la nature humaine de l’homme.

Je ne suis ni « NOIR », ni « Nègre » et vous,non plus,n’êtes « Blanc » !

Si les aînés, Senghor, Damas, Césaire se sont donnés la peine de
développer des théories pour justifier leur négritude et plaire
ainsi aux « souverains », la génération actuelle et celle du futur
refusent d’être noires et nègres et n’admettent pas non plus que les
autres soient blancs. « Je ne suis ni noir, ni nègre et vous, non plus,
n’êtes blanc » est le cri d’un homme à la recherche de ceux de
son espèce : violet, bleu, gris ou vert. Le monde tel qu’il est, tel
qu’il apparaît est une œuvre commune. Il est métissé.

« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix,la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir », Aimé Césaire

Mufoncol Tshiyoyo

Président du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC, R.A.P.

Mufoncol Tshiyoyo

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