En touchant mon Âme, ce moi lunaire si longtemps absent de la conduite de mon existence, je la reconnais pour ce qu’Elle est en vérité.

Mon Âme est une partie différenciée de ce que je suis au-delà de ce monde.

Au-delà de la vie terrestre règne en plénitude notre Soi indifférencié, appartenant au Soi solaire, à l’Esprit, et enfin à ce qu’aucun mot n’est digne d’approcher.

L’Âme est la fraction de Nous-mêmes qui rassemble tous nos vécus sur Terre, peu importe le règne de vie. Seule une extension de celle-ci se détache pour descendre dans un corps de matière.

Or ce n’est pas l’Âme qui s’incarne.

C’est l’égo qui s’incarne pour le règne humain. L’étincelle de Vie que je suis présentement et qui s’est détachée de mon Âme, s’habille du manteau de l’égo. Je quitte à chaque fois mon système directeur qu’est l’Âme pour me placer sous la tutelle d’un autre système conçu pour le jeu de la vie sur Terre. C’est l’égo, dupé par la fausse lumière et bercé de la croyance d’avoir fauté, qui dicte à l’Âme de poursuivre la roue de l’incarnation.

Dès que mon égo s’incarne, la conscience de celui-ci, le mental, va créer l’illusion d’un temps qui se déroule. L’Âme ne se comprend plus comme la coupe de tout ce que l’on a été ou sera sur Terre, mais simplement tout ce que l’on est. Les incarnations ne sont pas liées au temps car elles se déroulent simultanément. En nous incarnant, nous avons établi ensemble un référentiel commun d’un temps qui s’écoule. Au quotidien, cette conception commune d’un temps linéaire fait que les effets du passé trouvent écho sur notre présent. Mémoires karmiques, karma familial et autre psychogénéalogie n’en sont ainsi que des traductions où l’on oublie que le présent a tout autant un effet sur le passé.

Une guérison émotionnelle agit simultanément sur toutes les incarnations autant qu’une blessure les affecte toutes en écho.

En rejoignant mon Âme, les notions de cause et d’effet n’ont plus raison d’être car le temps linéaire n’est plus.

C’est mon travail sur chacune de mes blessures émotionnelles, sur chacun de mes défauts, qui m’ont conduit vers mon Âme. Si je réalise que l’Âme est pure, Elle est marquée des souffrances de toutes mes vies. Elle les retranscrit dans ma génétique à chaque incarnation. Dorénavant, les mémoires de mes vies antérieures s’actualisent progressivement dans mon présent aussi sûrement que les souvenirs de cette vie.

Si on ne se libère pas de ses blessures, les mémoires ne peuvent se réveiller.

Des dragons tout au long de l’Histoire

Mes mémoires reviennent tantôt par bribes éparses tantôt éclatent soudainement en moi. Chacune ne trouva pas immédiatement sa place dans mon référentiel de temps linéaire. Tant de mensonges, tant de falsifications, tant de secrets jalonnent ce que ce monde définit comme vérités historiques.

Si l’Humanité a été soumise à tous les outrages, les dragons l’ont été tout autant.

Je glisse à l’intérieur de cette demi-lune hélicoïdale à une vitesse vertigineuse. Je me sens vibrer tout au long de cette glissade. Et tout à la fois je suis subjugué par cette structure parfaite aux teintes opalines.

La frénésie de cette glisse s’interrompt soudainement.

Je me vois lever les yeux au ciel. Immense, émoustillé par de rares nuages. Le ciel épouse une lande verdoyante que des effleurements rocheux lui disputent. Peu d’arbres. Le sol s’incline en vallons vers une mer que je ne vois pas mais que je sais toute proche. Des huttes de pierres sèches ramassées sur elles-mêmes semblent se blottir les unes contre les autres. Le contraste est saisissant avec la vastitude de la lande environnante. Des voûtes de pierres encorbellées coiffent chacune d’entre elles.

Sans pouvoir le définir, je ressens être sur les terres de l’ancienne Écosse. C’est une époque dont l’Homme n’a gardé aucune mémoire, plus anciennement encore que son nom de Calédonie. L’explorateur grec Pythéas ne s’est pas encore aventuré au large de ses côtes.

Je ressens petit à petit ce qui m’habitait en cet instant revécu. J’ai le cœur lourd. J’ai fait un choix. Sans savoir encore lequel, je me vois me faufiler vers une hutte en périphérie du hameau. Ma mère y habite. Je hâte mon départ afin de m’épargner ses larmes. Je contourne le dernier édifice et je vois un grand dragon noir abaisser sa tête vers moi et étirer ses ailes. Dans ce vécu, je le savais là mais dans mon corps actuel, je ressens un frisson me parcourir, je le reconnais.

La vision se termine par un regard en arrière. Une voix m’appelle. Ce n’est pas ma mère de cette vie-là, c’est quelqu’un d’autre que je laisse derrière moi. Une promesse et un autre cœur que je m’apprête à briser…

Cette mémoire, je la thésaurise secrètement depuis longtemps. Elle m’anime derrière certains de mes écrits. Je l’accompagne souvent d’une autre vision plus marquante encore.

Point de voyage intérieur cette fois-ci. C’est un lieu, c’est une statue dans ce lieu qui déclencha la vision.

La grande guerre des dragons est révolue depuis des siècles. Les hommes, les dragons, tous ont perdu. Ils ont laissé la place aux ombres d’eux-mêmes. De nouvelles formes de croyance façonnent les esprits déboussolés des hommes. Le juste est enchaîné et l’infâme se vautre dans les plaisirs. L’adversité met à l’épreuve celui qui ne s’y était pas encore essayé. Sa vertu n’est plus un rempart aux tribulations du monde.

C’est une époque où l’on se déchire l’héritage de Celui qui fut mis en croix, mis en gloire. L’Église balbutiante se bâtit dans la disgrâce, à défaut de vivre Son sacrifice sans intermédiaire et sans idolâtrie. L’image de Dieu en l’homme commence à se déformer.

Les dragons se sont réduits, devenus petits et faibles. Ils se cachent, des hommes et avant tout d’eux-mêmes. Ils ne peuvent plus porter au firmament ces dragonniers dont l’Ordre s’est éteint. L’antique alliance n’est plus. L’instinct chasse les derniers vestiges de l’intelligence.

Je porte de lourdes pièces d’armure sur une côte de maille ajustée. Je revis les émotions et les pensées qui habitent cet homme qui est moi sur un autre point de la trame temporelle. Je suis à l’intérieur de lui tout en ayant une vision extérieure embrassant toute la scène. Je me dirige vers un dragon agonisant, d’une taille modeste, tout au plus trois mètres de long. Je suis déterminé et l’excitation m’envahit. Je sais ce que j’ai à faire. Je veux me saisir d’une pierre nichée dans le corps de ce dragon. Ce pouvoir à ma portée n’attend plus que moi.

Je suis aussi dans l’esprit de ce dragon, je ressens ses émotions, je capte ses pensées. J’ai peur, non pas de mourir mais du sacrilège immense que cet homme froid et implacable s’apprête à commettre. Je ne vais pas me défendre davantage. Ô combien une infinie tristesse me gagne. S’il savait la résonance de ce qu’il s’apprête à faire…

L’épée se dresse et s’abat impitoyablement sur la tête du dragon.

C’était l’un des derniers. L’effacement de leur Présence pourra se parachever. Leur Pouvoir accessible sera définitivement accaparé. Les guerres invisibles pour s’en approprier les précieuses reliques se poursuivront.

Les derniers œufs de dragon resteront cachés jusqu’à ce que l’homme finisse d’explorer la vraie nature du mal et de la rébellion à Dieu.

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