– Parce qu’un mec qui a du temps à perdre à discuter des heures avec Richard Gere, Isabelle Adjani ou Séverine Ferrer est forcément un con;

– parce qu’on nous a déjà fait le coup des «combattants de la liberté» avec l’Afghanistan;

– parce que pour les 1 300 000 Tibétains qui vivent au Tibet, la modernisation imposée par les Chinois contre l’obscurantisme théocratique lamaïque n’est pas forcément un mal;

– parce qu’un rationaliste laïc a le droit de ne pas voir dans le dalaï lama la quatorzième réincarnation du «Boddhisattva de la Compassion» mais un ramolli en pataugas au blabla lénifiant, à côté duquel l’abbé Pierre fait figure d’intellectuel;

– parce que le dalaï lama n’est le pape que d’un pourcent des bouddhistes du monde, et parce que le bouddhisme tibétain (véhicule de diamant) est à la fois le plus tardif et le moins spirituel (le plus empreint de magie) des trois bouddhismes historiques;

– parce que le bouddhisme est, de toute façon, une sagesse individualiste égoïste (pas d’équivalent bouddhiste de la croix rouge ou du croissant rouge) qui ne débouche sur aucune vision du monde, et ne permet de trouver aucune solution aux problèmes concrets actuels (les inégalités dues à l’exploitation économique);

– parce que la plus grande communauté de bouddhistes vite en Chine, nullement persécutée et que les Tibétains doivent le meilleur de leur bouddhisme lamaïque au Chinois Tsong-Kha-Pa;

– parce qu’avant d’être convoité par la Chine, le Tibet était sous domination anglaise, et qu’un impérialisme n’a fait qu’en chasser un autre (le dalaï lama ayant toujours été pro anglo-saxon tandis que son alter ego la panchen lama était pro-chinois);

– parce que, compte tenu de la géographie et de l’histoire, la mainmise de la Chine sur le Tibet n’est pas plus scandaleuse que la mainmise des USA sur l’Amérique latine (dont on vois à nouveau le résultat dévastateur en Argentine);

– parce que si l’obscurantisme religieux de lamaïsme tibétain fait rêver les cons avides d’exotisme ici, ces mêmes cons ne verraient pas du tout du même oeil une France replongée dans le Moyen-Âge et le pouvoir des moines;

– parce que les Tibétains qu’on entend ici sont toujours les 80 000 nantis de la diaspora sponsorisés par les pires droites occidentales pour leur anticommunisme viscéral, et rarement les Tibétains qui vivent et travaillent au Tibet;

– parce qu’un prix Nobel de la paix ne prouve rien, puisqu’on a pu en décerner un à Henry Kissinger;

– parce que les nazis fantasmaient déjà beaucoup sur le Tibet traditionnel, au point de lui emprunter son symbôle, la svatika;

– pour toutes ces raisons et bien d’autres, que j’invite le lecteur à aller chercher lui même en lisant simplement les diffrents articles consacrés au Tibet, au lamaïsme et au bouddhisme dans les diverses encyclopédies où la complexité du problème n’est pas occultée par sa médiatisation grossière;

Source : «Abécédaire de la bêtise ambiante», Alain Soral

Pour remettre un peu plus les pendules à l’heure sur le Tibet, l’image d’Epinal qu’on en cultive ici, et tout le tsoin tsoin avec «l’occupation» Chinoise je rajouterai ceci :

– on ne peut pas parler «d’occupation chinoise» puisqu’aucun pays n’a reconnu le Tibet indépendant, territoire qui autrefois appartenait aux Mongols (13e siècle) puis aux Mandchous (18e siècle), lesquels avaient tout deux envahis la Chine et fait du Tibet une des provinces de leur nouvelle conquête, donc de la Chine. Il faut retourner au 9e siècle pour voir un Tibet indépendant, ça fait un peu loin vous trouvez pas pour réclamer une indépendance «de droit».

– l’indépendance tibétaine a été soutenue dès le début par la CIA (qui continue a financer le gouvernement tibétain), non pas par philanthropie pour le Tibet mais uniquement pour faire rempart à leur bête noir : le communisme. On pouvait lire dans un rapport de l’Office des Affaires Étrangères des E-U en avril 49 : « Le Tibet devient stratégiquement et idéologiquement important. Puisque l’indépendance du Tibet peut servir la lutte contre le communisme, il est de notre intérêt de le reconnaître comme indépendant (…) Toutefois, ce n’est pas le Tibet qui nous intéresse, c’est l’attitude que nous devons adopter vis-à-vis de la Chine ». Pour obtenir l’indépendance du Tibet il fallait obtenir le soutient du reste du monde et donc lancer une campagne de propagande médiatique pro Tibet.

– la machine de propagande a alors présenté le Tibet comme un paradis sur Terre respirant l’amour et la paix que le cruel rouge chinois avait envahi. Tableau idyllique mais très loin de la réalité. Le Tibet, avant l’arrivée chinoise, était une théocratie féodale divisée en 3 classes sociales. La classe supérieure comportait les «Bouddhas vivant», les nobles et les hauts fonctionnaires d’État. La classe inférieure comportait les serfs et les esclaves. La classe supérieur avait le droit de vie ou de mort sur la classe inférieure. Les serfs et les esclaves recevaient souvent des châtiments corporels en cas d’offense à une classe supérieure. Quant à la plupart des terres et des richesses, elles appartenaient … aux moines et au Dalaï Lama. On peut dire que la présence chinoise a mis fin à cette féodalité, apporté la modernité.

– toujours en matière de propagande, on nous a vendu l’histoire d’un génocide tibétain avec 1,2 million de mort lors du soulèvement des années 50. Or une récente consultation des archives du gouvernement tibétain en exil par Patrick French – ancien responsable de Free Tibet – montre que ces chiffres sont totalement faux. Il conviendrait plutôt de parler de quelques dizaines de milliers de morts lors d’une guerre civile. Des morts il y en aura encore certes, mais notamment à cause des famines causées par le «grand bon en avant», lesquelles toucheront aussi la Chine. Il n’y a donc pas lieu de parler de génocide. Il est également intéressant de préciser que la règle de l’enfant unique ne s’applique pas aux tibétains, seulement aux Chinois du Tibet.

– après avoir parlé de génocide ethnique, on nous a parlé de génocide culturel. Or, dire que la culture et la religion sont opprimées ou détruites est exagéré car il existe des instituts de tibétologie pour les jeunes tibétains. Des monastères ont bien été détruits lors de la révolution culturelle, lancée également en Chine, qui visait à éradiquer les valeurs traditionnelles jugées obsolètes. Cette opération table rase ne visait donc pas que le Tibet. La culture tibétaine n’est pas assassinée, elle est plutôt étouffée par la culture chinoise étant donné qu’il y a de plus en plus de Chinois au Tibet … c’est bien différent.

Cela n’exonère bien sur pas les Chinois d’avoir usé d’une répression forte (parfois trop) contre des soulèvements indépendantistes, notamment en 1989, mais voila qui rééquilibre un peu la vision que les médias nous donnent de la situation. Il serait bon que l’information remplisse enfin son rôle d’aide à la compréhension plutôt que de nous entraîner, en utilisant des moyens contestables, dans des réactions émotionnelles, certes porteuses d’audience, mais sans lendemain.

Monty Brogan

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