Comment puis-être certain que ce que je vis au fond de moi est « l’amour »? Comment puis-je le mesurer? Cet amour doit-il être comme un objet parfait que rien ne peut altérer?

Car qu’est ce que l’amour ? Le don de soi ? Certes, alors le don de soi est naturel et bon, et qu’est-ce que le non-amour? La préservation de soi qui est une fermeture à l’autre ? Alors certes la fermeture et le non-amour sont naturels et bons.

La vie est discontinue, faite d’instants contradictoires qui se renient les uns les autres.
Et ce visage de la vie ne me fait pas peur, ni ne me gène.

L’amour ne sait qu’être sincère, il ne faut pas le questionner, il ne sait trahir. Mais le temps qu’on lui accorde pour fleurir, pour s’épanouir est toujours bien trop court, à cause de notre égo, qui est le gardien de notre temple, le gestionnaire de notre temps.

Quand on est dans le temps de l’amour, il n’y a que l’amour. L’instant d’après dans quel temps serons nous? Est-cela qui te pousse à chercher la qualité de la sincérité. Je crois que nous sommes toujours sincères, dans les meilleures actions comme dans les pires. Nous renonçons peut-être à l’être quand notre esprit voudrait se trouver à la plage un jour de tempête, ou quand il dit : mais pourquoi ai-je fait cela? Je voulais tant l’aimer !

Soyons sincères en saisissant les instants dont nous sommes faits comme le maçon qui prend sa brique posée sur le tas derrière lui, sans lui donner un regard, parce qu’il sait que quelle que soit sa forme ou sa couleur, elle est destinée à faire partie du mur qu’il monte. Tous nos instants multicolores, faits d’amour, des amours, et des haines, sont les briques qui nous composent, qui composent la vie, telle que je la vois. Telle qu’elle est sur cette planète.

Est-ce à dire que je ne regarde pas de quoi je suis fait ?

Moins j’accepte ce dont je suis fait, et plus cela « me » résiste, cela résistera à chacune de mes tentatives de changer telle ou telle brique. Plus je me cognerai à ce mur et plus les briques seront solidaires les unes des autres, et plus le ciment jettera ses étincelles sous mes coups. Mais si j’accepte, si j’aime, ce n’est plus moi que j’aime ou accepte, mais la vie toute entière que j’embrasse, et voila que mon propre mur devient mou, souple, voila que je peux influer sur sa forme, le sculpter, sortir un visage neuf. La question est : qui va influer? Et qui fera le choix de telle forme ou telle autre.

Ron Uribe Extrait de Plume d’Eveil (Editeur Publibook)

Ron Uribe